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Histoire du monastère
Solesmes doit le plus clair de sa notoriété à dom Guéranger.
Ce n’était autrefois qu’un modeste prieuré, sous la dépendance de l’abbaye Saint-Pierre-de-la-Couture, au Mans. Au 15e siècle, on le tenait fondé pour une douzaine de religieux. Son histoire, à moins qu’on ne descende dans le détail des actes d’administration, est donc rapide.
L’ensemble des archives antérieures à la Révolution ont presque entièrement disparu.
Nous passerons en revue les principales périodes de cette histoire, à savoir :
• Le Moyen Âge
• La Renaissance
• Les Temps Modernes
• La restauration par dom Guéranger
Les successeurs de Dom Guéranger :
• Dom Couturier
• Dom Delatte
• Dom Cozien
• Dom Prou
• Dom Dupont
Le Moyen Âge
Depuis longtemps Solesmes est une terre consacrée à Dieu. D’après les Actes des évêques du Mans, Saint Thuribe aurait, au 5e siècle, organisé le culte dans la villa gallo-romaine de Solemnis. Au début du 9e siècle, cette proprièté de l’Église du Mans était tenue en bénéfice par un leude de Charlemagne. Bientôt les raids normands allaient maintenir dans des mains laïques l’église et le domaine. Il appartenait à Raoul de Beaumont, vicomte du Maine, au moment où les comtes du Mans, pour fortifier leur frontière angevine, établissent comme seigneur à Sablé, Geoffroy, le propre frère de Raoul.
Raoul cède Solesmes à Geoffroy, voulant un monastère dans la région de Sablé, en fait don aux moines de la Couture, antique monastère manceau, par une charte qu’on date, par conjecture, du 12 octobre 1010.
Le 12e et le 13e siècles ne nous ont laissé le souvenir d’aucun évènement marquant à Solesmes. La prospérité de l’époque conduit le prieur, Guillaume Patry, à reconstruire le barrage qui alimente les deux moulins sur la Sarthe.
Mais déjà s’annoncent des temps difficiles. La donation, avant 1365, d’une maison dans l’île de Sablé procurera bientôt aux moines un lieu de refuge, le Logis de Solesmes, où, bien plus tard, habitera le futur restaurateur des Bénédictins. Solesmes, en 1375, connaît une première fois les malheurs de la guerre de Cent ans. En 1425, les Anglais occupent le pays, brûlent et détruisent le monastère. Le bourg est dépeuplé, ruiné, sans ressources pour longtemps. Jean de Nemours, en 1491 et 1497, devra faire des largesses pour que les moines puissent satisfaire aux charges qui leur incombent, en particulier à l’obligation quotidienne, après Prime, de la messe du roi, fondée en 1408 par Louis II d’Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile.
La Renaissance
La générosité des bienfaiteurs seconde le zèle d’une série de prieurs qui, après 1425, travaillent à relever la situation, puis donnent à leur maison un développement remarquable. Hommes de science et de vertu, habiles administrateurs, ils appartiennent à des familles en général bien assises dans le Maine. Plusieurs sont destinés à recevoir la crosse de la Couture.
Philibert de la Croix voûte le sanctuaire vers 1475. Entre 1486 et 1495, Cheminart construit le clocher, fait sculpter le Tombeau de Notre Seigneur et exécute d’autres travaux moindres. Saint-Hilaire achève le Tombeau, continue la construction des voûtes. Bougler, dès 1532, a terminé le voûtement de l’église, l’aménagement du sanctuaire, et entrepris la décoration de la Belle-Chapelle qu’il poursuivra jusqu’en 1553. Sur sa lancée les moines ajouteront encore quelques oeuvres après 1556.
Le redressement économique et le renouveau artistique accompagnent une réforme spirituelle et disciplinaire dont le principal artisan dans ses cloîtres est l’abbé de la Couture, Michel Bureau, de 1496 à 1518. Jean Bougler aurait continué son oeuvre à la Couture si François Ier, au lendemain même de l’élection, ne lui avait arraché la crosse au profit de son propre candidat. Le prieur devra limiter son zèle à un cercle restreint. Ses moines en sont les premiers bénéficiaires. Le peuple aussi profite de son enseignement. Malgré certains jugements sur le monachisme à l’époque de la Renaissance, les monastères ont connu, même alors, de belles heures.
Époque Moderne
Fort des droits acquis au Concordat de Bologne, le roi de France dispose du prieuré de Solesmes comme de l’abbaye de la Couture : l’un et l’autre sont désormais en commende. Privés désormais de leurs supérieurs réguliers, les religieux mènent une vie de plus en plus précaire ; aussi la maison se vide, la ferveur s’étiole.
Tous les commendataires cependant ne sont pas sans qualités, et la plus belle qu’on leur reconnaisse est de vouloir assurer la prospérité de leurs monastères, au spirituel et au temporel. Ils n’ont pas de meilleur moyen pour cela que de tourner les yeux vers la congrégation de Saint-Maur qui, depuis 1618, préside en France à la réforme de la plupart des cloîtres bénédictins. Ainsi l’entend Gabriel de Chaource-Beauregard lorsqu’il passe contrat avec les pères de la Congrégation, le 8 décembre 1664. Les bâtiments ne seront reconstruits qu’en 1723, avec l’aide de Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, qui édifie à ce moment son nouveau château de Sablé.
Le 13 février 1790, la Constituante interdit les voeux religieux. Au début de 1791, les moines de Solesmes doivent se disperser, regrettés de toute la population voisine, ce dont la municipalité se fait l’écho auprès du District. Des sept pères, un seul se retire dans son diocèse d’origine. Les autres avaient manifesté leur volonté de rester dans le monastère. Dom de Sageon connaîtra les prisons du Mans pendant trois ans ; dom Cotelle et dom Morel celles de Rennes, puis la déportation à Jersey ; les autres se cachent, tel dom Papion qui demeure dans la région, exerçant le ministère avec un groupe d’insermentés auxquels le prieuré offre une cache précieuse. Les bâtiments en effet ont été vendus, mais les acquéreurs n’y paraissent jamais.
À deux reprises, en 1792 et en 1794, les habitants du bourg sauvent la relique de la sainte Épine. Celle-ci pourtant attendra 1850 pour reprendre sa place dans le monastère.
La restauration par dom Guéranger
Né à Sablé, le 4 avril 1805, Prosper Guéranger avait souvent, dans son enfance, pris Solesmes comme but de ses promenades.
Il avait subi le charme de l’église et des saints de pierre. Il aimait cette solitude, sans pourtant penser encore à être moine. Une vocation sacerdotale précoce le mena, après ses études au lycée d’Angers, au séminaire du Mans. Il fut attiré par l’étude approfondie de l’histoire de l’Église. La découverte d’un passé où le monachisme avait été florissant et le contact avec les grandes oeuvres des Mauristes éveillérent en lui un certain désir de la vie monastique.
Ordonné prêtre en 1827, il poursuit ses travaux à Paris, puis au Mans. À la nouvelle de l’imminente démolition du prieuré de Solesmes, l’idée lui vient, en 1831, de s’en porter acquéreur pour y reprendre la vie bénédictine. Aidé par quelques amis, encouragé par son évêque, il réunit avec peine de quoi louer le monastère et s’y installe avec trois compagnons le 11 juillet 1833.
Nul ne peut se douter qu’une grande oeuvre commence. Tout est humble et misérable : les bâtiments délabrés, la petite communauté sans argent, sans éclat pour attirer les vocations et surtout sans expérience de la vie monastique. Son supérieur de vingt-huit ans n’en a lui-même qu’une connaissance théorique. L’entreprise paraît un acte de folie, si elle n’est un acte de foi.
Elle connaît, certes, des heures difficiles. Mais le jeune prieur, pour ses moines, un exemple vivant, fait preuve d’une calme ténacité. Sans copier servilement le passé, il s’inspire des plus saines traditions monastiques, recherchant avant tout le véritable esprit de saint Benoît, tout en acceptant quelques adaptations matérielles nécessaires à l’époque moderne. Par son sens très sûr des choses bénédictines, de la liturgie, de la vie spirituelle, il est l’exemple vivant de ses moines. Au temporel, les premiers amis du nouveau Solesmes ont pourvu aux dépenses les plus urgentes. Ils inaugurent une longue liste de bienfaiteurs qui vivent toujours dans le souvenir des moines.
Après quatre années d’essai, dom Guéranger va à Rome en 1837. Le Saint-Siège non seulement reconnaît comme authentiquement bénédictine la communauté de Solesmes, mais encore érige le petit prieuré en abbaye chef d’une congrégation française de l’ordre de saint Benoît, succèdant aux anciennes congrégations de Cluny, de Saint-Vanne et de Saint-Maur. Le 26 juillet, dom Guéranger émet sa profession solennelle entre les mains de l’abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome.
Dès lors commence pour Solesmes une histoire nouvelle.
Les successeurs de dom Guéranger
Dom Charles COUTURIER abbatiat de 1875 à 1890
C’est le prieur de dom Guéranger, dom Charles Couturier, qui est élu pour lui succéder. L’abbatiat de cet homme bon et prudent s’annonçait sous les meilleurs auspices, dans un monastère uniquement préoccupé de faire fructifier l’héritage paternel.
La tempête s’amorce cependant lorsque les décrets du 29 mars 1880 prétendent soumettre les religieux à des conditions d’exception inacceptables, conduisant en fait à la dissolution qui frappe la plupart des congrégations d’hommes en France. En une longue et mémorable journée, le 6 novembre, les moines de Solesmes font l’objet d’une expulsion spectaculaire.
Pendant une quinzaine d’années, avec des alternatives de détente et de raidissement, de rentrées, partielles ou complètes, et de nouvelles rigueurs, ils vivent à la porte de chez eux. Les offices sont célèbrés à l’église paroissiale ou à Sainte-Cécile. Les religieux habitent dans une vingtaine de maisons mises à leur disposition. Une grande grâce de Dieu leur vaut de garder toute leur ferveur, malgré des conditions de vie aussi anormales. L’épreuve fortifie l’union des coeurs, attire les vocations, et même favorise les fondations, puisqu’un essaim de moines relève le monastère de Saint-Maur, en Anjou, et qu’un petit groupe de chapelains, accompagnant les moniales à Wisques, en Artois, prépare la création du monastère de Saint-Paul.
Dom Paul DELATTE abbatiat de 1890 à 1921
Après la mort de dom Couturier, le 29 octobre 1890, le choix des moines de Solesmes se porte sur le prieur de Saint-Pierre, dom Paul Delatte. Le premier souci du nouvel abbé est, dans le sillage de ses prédécesseurs, de former des âmes avides de Dieu. Mais ne connaissant que trop la nécessité d’un cadre pour toute vie monastique sérieuse, il se préoccupe de rentrer dans son monastère. C’est chose si bien faite le 23 août 1895 que les cloches sonnent à nouveau.
Cependant, la maison s’avère trop petite pour une communauté qui n’a cessé de croître ; on bâtira, grandement et rapidement. Le 21 mars 1896 est bénite la première pierre du chantier. Les moines inaugureront leur nouveau réfectoire en 1898. En même temps, deux essaims partent en fondation : vers Saint-Michel de Farnborough près de Londres en 1895 ; vers Sainte-Anne de Kergonan, près de Plouharnel en Bretagne en 1897.
Ces années pacifiques prennent fin brusquement le 1er juillet 1901. La loi sur les associations, en réalité une loi contre les congrégations, oblige dom Delatte et ses moines à préférer l’exil. Non sans émotion, ils quittent Solesmes le 20 septembre pourla liberté que leur offre l’Angleterre. Le château d’Appuldurcombe leur fournit un asile au sud de l’île de Wight. L’amitié généreuse du Marquis de Juigné lui fait racheter l’abbaye de Solesmes, dans l’espoir de jours meilleurs. Mais ceux-ci tardent à venir, et le château d’Appuldurcombe ne se prêtant pas à un séjour prolongé, dom Delatte fait l’acquisition de l’ancienne abbaye de Quarr, au nord de l’île. La communauté s’y transporte en 1908, et bientôt dom Paul Bellot y commence la construction d’un nouveau monastère.
Il ne manque alors aux moines que le sol de la patrie. Ils profitent pleinement, dans le silence et la paix, de l’enseignement de leur abbé. Tous apprécient les qualités qu’ils rencontrent en lui : la lumineuse intelligence, la bonté profonde jointe à une délicate sensibilité, et surtout la foi la plus surnaturelle; l’abbé marquait profondément et durablement ses fils.
Dom Delatte quitta sa charge en 1921, immobilisé par une paralysie qui l’éprouva jusqu’à son décès en 1937 à Solesmes.
Dom Germain COZIEN abbatiat de 1921 à 1959
Dom Germain Cozien, élu abbé en 1921, estima que les conditions politiques se prêtaient à un retour en France. Il ramena la communauté à Solesmes dès l’année suivante, non sans laisser à Quarr un groupe de moines. Il avait à coeur de suivre la ligne monastique des ses prédécesseurs, dans la paix.
De part et d’autre de la Manche, une nouvelle page d’histoire commençait. Quarr se retrouvait simple prieuré destiné à être anglais. Il devint abbaye en 1937. Sur les bords de la Sarthe, Solesmes vit affluer de nombreuses vocations. Après des travaux d’entretien nécessaires après cette longue absence, l’architecte dom Bellot construisit la bibliothèque et le nouveau cloître. Cet ensemble fut prêt pour le centenaire de la congrégation, solennellement célébré en 1937. Peu après, ce fut la guerre, ne laissant au monastère que quelques anciens et exemptés de service militaire. En 1940, trois moines tombèrent au front et plusieurs dizaines furent faits prisonniers dans les armées. Dom Cozien supporta avec un calme impressionnant les épreuves de la guerre et de l’occupation nazie. La paix retrouvée, les prisonniers revinrent et la vie conventuelle reprit avec vigueur.
Devant le nombre grandissant des jeunes moines, une nouvelle fondation fut décidée, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Fontgombaud, sur les bords de la Creuse. Ce nouveau groupe, très dynamique, attira de nombreuses vocations.
La fin de l’abbatiat de dom Cozien fut marquée par la construction à Solesmes d’une nouvelle aile, située à l’est du monastère et en équerre avec le bâtiment du 19ème siècle.
Dom Jean PROU abbatiat de 1959 à 1992
Dom Jean Prou, élu abbé le 5 juillet 1959, entreprit dès 1961 une fondation en avril. Elle avait été demandée quelques années auparavant à dom Cozien par l’archevêque de Dakar. Le site choisi conjointement par le nouvel abbé et l’archevêque fut Keur Moussa au Sénégal. On réalisait ainsi le voeu des papes Pie XI et Pie XII de donner aux jeunes églises la vie religieuse contemplative, élément essentiel pour une église arrivant à l’âge adulte. Les moines de Keur Moussa furent rejointes assez rapidement par les Servantes des Pauvres et par les moniales de Sainte-Cécile qui fondèrent le monastère de Keur-Guilaye. Ainsi toutes les branches de la famille religieuse de dom Guéranger se trouvent-elles représentées en terre d’Afrique.
Si dom Guéranger n’a pas participé au concile Vatican I, dom Jean Prou siègea au concile Vatican II comme président de la Congrégation. Le pape Jean XXIII, qui avait fait plusieurs séjours à Solesmes lors de sa nonciature à Paris, puis Paul VI témoignèrent à dom Prou leur confiance. C’est ainsi qu’il participa à l’élaboration des textes conciliaires sur la liturgie et se prononça pour la concélébration. Ces années passées à Rome dans l’expérience ecclésiale extraordinaire de ce grand Concile, marquèrent profondément dom Jean Prou et lui donnèrent une influence particulière dans l’église de France.
En 1975 fut célébré à Solesmes le centenaire de la mort de dom Guéranger ; on y tint un colloque international très remarqué. Durant tout son abbatiat, dom Prou fut attentif aux monastères des moniales issus de Sainte-Cécile ou en relations étroites avec elle. Pour tous ces monastères, il dirigea et signa la publication d’un livre sur leur clôture papale. Dom Prou résigna sa charge après un abbatiat de plus de trente ans et acheva sa vie à Solesmes, comme dom Cozien.
Dom Philippe DUPONT abbatiat depuis 1992
Depuis le 2 octobre 1992, un nouvel abbé, dom Philippe Dupont, est à la tête de l’abbaye et de la congrégation de Solesmes. Comme ses prédécesseurs, il entend maintenir, lui aussi, l’idéal monastique et contemplatif de dom Guéranger, dont il a ouvert, conjointement avec l’évêque du Mans, le dossier en vue de la béatification. Un groupe de moines rassemble donc les publications et l’importante correspondance de dom Guéranger, et les présente selon les normes de la congrégation romaine pour le culte des saints ; c’est un long travail. En décembre 1996, sur le vote favorable du chapitre de Solesmes, dom Dupont a entrepris la fondation d’un monastère en Lituanie sur le site de Palendriai. Le groupe des fondateurs, soit une dizaine de moines de Solesmes et quelques lituaniens, conduit par dom Hervé de Broc, habita d’abord une maison destinée à devenir une hôtellerie pour dames. Mais en même temps commençait le vaste chantier du monastère définitif. Celui-ci, malgré les conditions économiques difficiles qui ont suivi l’effondrement du communisme, a été mené à bien dans un temps relativement court. Le 7 juin 2002, la consécration solennelle de l’église s’est déroulée devant une foule de lituaniens enthousiasmés.
Et l’histoire continue, prête à ouvrir de nouvelles pages.
Source: http://www.solesmes.com/
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