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Les évangiles selon saint
Marc (15, 17), selon saint Matthieu (27, 29) et selon saint Jean (19, 2),
nous rapportent que, lorsque Jésus comparut devant le procurateur romain
Pilate, les soldats romains tressèrent une couronne avec des épines et la
placèrent sur sa tête. Puis ils le saluèrent en disant: « Salut, roi des
Juifs ! » Par cette parodie cruelle de couronnement et d’hommage, les soldats
du puissant empire romain voulaient se moquer des prétentions à la royauté
de ce Juif insoumis. Les évangiles ont gardé mémoire de ces outrages qui
témoignent paradoxalement que par sa passion et sa résurrection Jésus va
être investi d’une royauté éternelle et universelle, comme l’annonçait
mystérieusement le psaume 2.
Dès les origines, les chrétiens ont vénéré le lieu du Calvaire et du
tombeau du Seigneur. A cet emplacement l’empereur Constantin fit construire
une basilique qui fut consacrée le 14 septembre 335; cette date est encore
celle de la fête de la Croix. C’est là aussi que, selon la tradition, la
mère de Constantin, l’impératrice Hélène, découvrit la Sainte-Croix et les
autres reliques de la Passion. Avant la prise de Jérusalem par les
arabes, les reliques furent mises en sureté à Constantinople. En 1237
l’empereur latin de Byzance, Baudouin II de Courtenay, pressé par le besoin,
proposa au roi de France Louis IX, saint Louis, de lui vendre la Couronne
d’Épines et une partie de la Vraie Croix. Il fallut deux ans pour conclure
l’affaire, car saint Louis tenait à s’assurer de l’authenticité des reliques.
Moyennant la somme énorme de 135.000 livres, le 18 août 1239, la
Sainte-Couronne arriva à Paris. Pour conserver ces reliques, le roi fit
construire dans son palais la Sainte-Chapelle, pour le coût de 40.000 livres.
En 1260 une sœur de saint Louis, Isabelle de France, fonda une abbaye de
clarisses à Longchamp, près de Paris. C’est vraisemblablement à cette date
que le roi fit don à l’abbaye d’une relique de la vraie croix et une Épine
de la sainte Couronne; leur présence est attestée par un inventaire de 1325.
Isabelle, retirée à Longchamp, y mourut le 22 février 1270. Le 3 janvier
1521, le pape Léon X la déclara bienheureuse.
Quand arrive la Révolution française, la nuit du 12 septembre 1792, alors
qu’elles en ont reçu l’ordre de quitter l’abbaye, les religieuses prélèvent
clandestinement les plus précieuses reliques pour les mettre en lieu sûr.
Seuls les reliquaires sont saisis lors de l’expulsion des soeurs, le 1er
octobre 1792. En août 1804, la paix revenue, avec l’autorisation de
l’archevêque de Paris, le cardinal Jean-Baptiste de Belloy, les soeurs
répartissent ces reliques dans 12 églises ou maisons du diocèse de Paris. Le
31 janvier 1805, une parcelle de la Vraie Croix, une épine de la Sainte
Couronne, un morceau d’os et des cheveux de la bienheureuse Isabelle sont
remis par sœur Jeanne Jouy des Anges, l’ancienne abbesse de Longchamp, à
monseigneur Antoine Eléonor Léon Le Clerc de Juigné, ancien archevêque de
Paris, demeurant à l’hôtel de Juigné à Paris. Ces précieuses reliques
restèrent en possession de sa famille, au château de Juigné-sur-Sarthe, près
de l’abbaye bénédictine de Solesmes, pendant 191 ans. Après une décision
prise au cours d’un conseil de famille, monsieur Jacques-Henry de Durfort,
duc de Lorge, membre de la famille et héritier du château, souhaita rendre à
la vénération publique les reliques de Longchamp dont il était dépositaire.
Sur le conseil du père abbé de Solesmes, dom Philippe Dupont, il résolut de
les offrir au prieuré Saint-Benoît de Palendriai, fondé en 1998 près de Kelmė en Lituanie. Le duc de Lorge avec son fils Guy et
de sa fille Béatrice portèrent en procession le 20 septembre 2003 depuis
l’entrée du monastère de Palendriai jusqu’à l’église deux reliquaires, l’un
contenant la Sainte Épine ainsi qu’une relique de la Sainte-Croix, et
l’autre un ossement et quelques cheveux de sainte Isabelle de France, soeur
du roi saint Louis. Ils les remirent au père Prieur, dom Hervé de Broc et à
la communauté.
Le 12 mai 2006, à la demande du père Prieur, Monseigneur Eugène Bartulis,
premier évêque de Šiauliai, diocèse où se trouve le monastère de Palendriai,
a bien voulu approuver le culte public de la Sainte Épine dans l’église de
Palendriai. Il a permis de vénérer cette relique le jour de la fête du
Christ, Roi de l’univers, dernier dimanche de l’année liturgique. Le 10
juillet 2005, année du sixième centenaire de l’arrivée des premiers moines
bénédictins en Lituanie (1405), l’architecte Darius Jakubauskas, ami du
monastère, a offert un reliquaire de fer forgé, réalisé par Gintautas
Kurmanskis, pour y déposer la Sainte Épine. Le 6 août 2006, en la fête de la
Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ, dom Philippe Dupont, abbé de
saint Pierre de Solesmes et président de la congrégation de Solesmes de
l’ordre de saint Benoît, a reconnu et scellé la Sainte-Epine dans ce nouveau
reliquaire. Il a rédigé un acte du transfert signé de sa main.
La vénération de la sainte Épine de la Couronne du Christ après les
premières vêpres de la fête du Christ Roi
Responsorium:
Qui spinárum cúspide, * prius cruentátur, pretióso lápide Christus
coronátur.
Ps 20, 2: Dómine, in virtúte tua lætábitur rex, *
et super salutáre tuum exsultábit veheménter. etc.
V. Posuísti, Dómine, super caput eius.
R. Corónam de lápide pretióso.
Orémus.
Præsta, quǽsumus, omnípotens Deus, * ut, qui in memóriam passiónis Dómini
nostri Iesu Christi corónam eius spíneam venerámur in terris, * ab ipso
glória et honóre coronári mereámur in cælis. Qui vivit et regnat in sæcula
sæculórum.
R. Amen.
En posant le reliquaire sur la tête du fidèle, le prêtre dit:
Per sacram hanc spinam libéret te Deus ab omni malo.
R. Amen.
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