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Des moines bénédictins ont vécu en Lituanie, au monastère du Vieux Trakai, de
1405 à 1845. Les fondateurs du monastère venaient du
monastère bénédictin de Tyniec en Pologne, et le Grand duc de Lituanie, Vytautas, leur
avait offert son propre château du Vieux Trakai. Ainsi, depuis la deuxième
insurrection contre le régime tsariste (1863) jusqu’au retour à l’indépendance, les lituaniens n’ont plus entendu parler des bénédictins. Cependant, la branche bénédictine
féminine en Lituanie a traversé sans bruit les vicissitudes de l’histoire. Les monastères de bénédictines de Vilnius et de Kaunas existent
encore aujourd’hui.
Comment les bénédictins revinrent-ils en Lituanie ? C’est là que le
mouvement naissant du choeur grégorien de la cathédrale de Vilnius en 1989
joua un rôle important. Voici comment se déroulèrent les événements :
En juin 1989, le Choeur grégorien de Paris vint en visite en Lituanie. Il
donna des concerts dans les cathédrales de Vilnius et Kaunas, et noua des
liens avec les choeurs de la cathédrale de Vilnius, c’est à dire « Cantores chorales
capellae s. Casimiri » et le choeur de jeunes.
A’l automne 1989 Rolandas Muleika et Romualdas Gražinis se rendirent à Paris
pour étudier le chant grégorien au conservatoire avec Louis Marie
Vigne, chef du Choeur grégorien de Paris, célèbre par son action en faveur du
chant. Ils passèrent un semestre d’études au monastère bénédictin Saint
Pierre de Solesmes, qui fait autorité dans le monde en matière
d’interprétation et d’exécution du chant du point de vue technique.
Durant l’été 1990, les deux choeurs cités ci-dessus furent invités par le Choeur
grégorien de Paris; ils partirent pour un voyage à travers la France et
séjournèrent au monastère bénédictin de Solesmes. Le père abbé Dom Jean Prou y
reçut R. Gražinis et D. Juozėnas, qui invitèrent les bénédictins de Solesmes
à fonder un monastère en Lituanie.
Depuis l’automne 1990, R. Gražinis, et plus tard Mindaugas Kubilius,
dirigèrent le choeur facultatif du séminaire interdiocésain de Kaunas, suscitant un groupe d’amateurs de ce chant.
A l’automne 1991, deux élèves du séminaire
interdiocésain de Kaunas, Vilius Sikorskas et Rimantas Chraptavičius,
partirent à Solesmes pour réaliser leur désir de devenir moines bénédictins.
En 1992, Vytautas Savickis, un choriste de Vilnius, prit la décision d’entrer au monastère de Solesmes après le séjour d’été qu’il y effectua avec le choeur
lituanien. Cette même année, en raison de son âge,
le Père abbé Dom Jean Prou donna sa démission ; à sa place, le prieur Dom
Philippe Dupont fut élu le 2 octobre 1992. Il entreprit de préparer la fondation.
Dès 1993, le nouvel abbé se rend chaque année en Lituanie, cherchant le
meilleur emplacement pour le monastère, rencontrant les évêques, les soeurs
bénédictines et les choristes du choeur grégorien.
Il visite Liškiava, Palėvenė, Inkūnai, et beaucoup d’autres lieux intéressants. Palėvenė attire son attention. Il rencontre l’évêque et les paroissiens de Palėvenė, des dessins préparatoires sont envisagés pour une adaptation des bâtiments. Pourtant on invita le Père abbé à
visiter encore un autre lieu…
Dans la région de Kelmė, en allant vers Šaukėnai, au lointain, au
milieu des champs, apparaît une petite église abandonnée, loin de tout.
Tournant à droite par Šalteniai, en direction de Šilo Pavėžupis, nous
arrivons devant une église monumentale, assez moderne, avec un clocher et
des murs en béton armé. Près du portail latéral, il y’a une
tombe avec un Christ aux mains cassées. « Père Kazimieras Ambrozaitis, A+A
1859-1947 » y lit-on. A côté se trouve une plaque, où est inscrit dans
une langue étrange, que l’église avait été bénie en 1938. Alors que nous
ouvrons les lourds battants de la porte, une colombe s’envole dans la nef
dans un battement d’ailes. Au dessus des vestiges d’un autel en bois était inscrit
en arc de cercles « SOUS LES VOÛTES DE SAINTE MARIE MIRACULEUSE DE L’AURORE
DE VILNIUS …»
Le père Kazimieras Ambrozaitis était un original. Il avait créé
sa propre orthographe et publié des livres religieux. Il avait fait fortune
aux Etats-Unis et était revenu en Lituanie en 1924. Ayant atteint un âge
avancé, il vécut chez sa soeur à Palendriai, où, en 1935, de son propre chef,
sans demander aucune permission à l’archevêque de Kaunas, il commença à
construire une église selon les projets d’un architecte de Šiauliai, V.
Bitė. A la mort du vieux prêtre, en 1947, la petite église fut transformée
en réserve pour kolkhoze.
En 1992, la mairie de la région de Kelmė demanda une aide au Département
de protection du patrimoine pour restaurer le toit de la petite église, bien
qu’il soit en ardoises. Le directeur général adjoint du Département, Dainius
Juozėnas, et l’architecte principal de la région de Kelmė, Valerija
Olišauskienė, venus pour l’expertise, tombent d’accord sur la nécessité de
faire revivre ce lieu. C’est ainsi que le projet de renaissance religieuse
de Palendriai commence à prendre forme.
Les bénédictins de Solesmes choisissent Palendriai à l’unanimité comme
étant le meilleur lieu pour fonder un monastère de contemplatifs. Il y a là,
en effet, un paysage étonnamment beau à perte de vue, des collines
vallonnées rappelant les hauteurs de Samogitie, un ciel profond et les
forêts de Vainagiai, qui s’étendent jusqu’aux abords de Kurtuvėnai. Après
une brève dispersion en 1994, les véritables travaux commencent en 1995,
soutenus avec enthousiasme par le cardinal archevêque de Kaunas, V.
Sladkevičius, l’évêque S. Tamkevičius, le curé de Kelmė, V. Grigaravičius,
le maire de la région de Kelmė, l’architecte V. Olišauskienė, l’employée de
l’aménagement du territoire, R. Parnarauskienė. Comme le monastère n’existe
pas encore, tous les travaux sont coordonnés par l’association Saint Benoît,
créée pour l’occasion, selon le système juridique français. Les choristes du
choeur grégorien commencent à organiser des camps à Palendriai, grâce à des
tentes militaires françaises ; et pour garantir le succès de la future
fondation, ils y construisent une croix massive, signe des voeux de fidélité.
En 1995, le cardinal V. Sladkevičius accorde une permission canonique à
l’abbaye bénédictine de Solesmes pour fonder un monastère dans la région
de Kelmė, dans le village de Palendriai. En décembre 1996, l’abbaye Saint
Pierre de Solesmes prend la décision définitive de fonder en Lituanie, à
Palendriai, un monastère dédié à Saint Benoît. Alors quatre
Lituaniens font leur noviciat à Solesmes : fr. Elijas, fr. Raimondas, fr.
Jokūbas et fr. Casimir. Le terrain est acheté et loué, le toit de la petite
église refait, et on commence à établir un projet
provisoire pour le logement des moines (arch. Darius Jakubauskas). Le
28/08/1997 le ministère de la justice de la République lituanienne
enregistre une nouvelle communauté religieuse en Lituanie, le monastère
Saint Benoît de Palendriai. En 1998, les douze moines fondateurs emménagent
dans le seul bâtiment qui vient à peine d’être construit (l’actuelle
hôtellerie « Aušros žvaigždė » (« l’Etoile de l’aurore »)) : sept
français, un américain et quatre lituaniens, conduits par le père prieur
Hervé de Broc. Commencent alors la vie de prière et de travaille, ora et labora, dans ce nouveau prieuré.
Les bénédictins décident de construire le nouveau monastère à une certaine distance
de l’ancienne petite église du père K. Ambrozaitis. Des architectes de Lyon
(CRB Architectes) se chargent alors de la tâche. Les auteurs du projet sont
Jean Philippe Ricard, Thierry Rolland, Christian Valentinuzzi et Darius
Jakubauskas de Šiauliai. Un projet, de formes simples mais dans l’esprit
authentiquement bénédictin, se construit de 1999 à 2001. Et dès l’automne 2001,
les bénédictins de Palendriai s’installent dans le nouveau monastère.
Le 7 juin 2002, l’église fut consacrée solennellement. L’abbé de Solesmes,
Dom Philippe Dupont, était présent, ainsi que le nonce apostolique à
Vilnius, Peter Stephan Zurbriggen, l’évêque de Šiauliai, Eugenius
Bartulis, beaucoup d’évêques lituaniens et étrangers, des moines, et des
personnalités de Kelmė et de toute la Lituanie. En union avec les
moines, la « Schola Gregoriana Vilnensis » et le Choeur uni de Lituanie
chantèrent une liturgie solennelle.
La vie ordinaire du monastère Saint Benoît de Palendriai est
spirituellement intense. Les moines se sont liés d’amitié avec les gens des
environs de Kelmė et leurs voisins, ils prennent part aux durs travaux
agricoles, parlent lituanien, accueillent les hôtes, et bien
sûr, ne cessent de prier, comme cela est prescrit dans la Règle de Saint
Benoît.
Chaque jour, tous les matins, toute la communauté participe à la messe,
et sept fois par jour chante l’office. Toute la liturgie est en latin, comme
il est d’usage dans la congrégation des bénédictins de Solesmes. Ce furent
de bons moines qui furent appelés à partir de
Solesmes pour Palendriai, de bons chanteurs et théologiens. Leur chant est un exemple dont peuvent s’inspirer tous
les choristes lituaniens. Leurs enseignements spirituels sont
appréciés, autant parmi les représentants lituaniens de la vie consacrée (prêtres
et religieux) que parmi les laïcs. Les week-ends et les jours de fêtes voient venir beaucoup de pèlerins et de visiteurs. Pour un séjour plus
long, les hôtes peuvent loger à l’hôtellerie du monastère et à « Aušros žvaigždė
». Dans le magasin du monastère on peut trouver des médailles de Saint
Benoît ainsi que des disques de chants sacrés de Solesmes ou d’autres
monastères, ou encore la Règle de Saint Benoît et des livres sur le chant
liturgique. Les bénédictins de Palendriai publient chaque année un petit
missel, Le Pain Vivant (« Gyvoji duona »), avec
textes de la messe ainsi que des méditations.
L’amitié entre les choristes du Choeur grégorien de Vilnius et les
bénédictins dure depuis 1990. Il ne se passe pas une année sans que l’abbaye
de Solesmes ne reçoive la visite de l’un d’entre eux : le choeur, en
voyage à travers l’Europe, les chefs de choeur, lors de leurs cours de chant
grégorien avec Dom Daniel Saulnier, et aussi lors de pèlerinages, de
temps de retraite et de repos organisés individuellement. Avec Palendriai,
les choristes ont un lien beaucoup plus fort que l’amitié. C’est de l’amour
et de la fidélité jusqu’à la fin des temps. Les moines sont leurs
professeurs de chant, et en échange, les choristes leur font sillonner les
routes de Lituanie, ils leur donnèrent même deux vocations à la vie
contemplative. Chaque année, le 11 juillet, fête de Saint Benoît, les
choristes se rendent à Palendriai pour célébrer avec les frères une liturgie
solennelle et chanter le chant grégorien : « Gaudeamus omnes in Domino, diem
festum celebrantes sub honore Benedicti abbatis… »
Dainius Juozėnas
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